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La mauvaise foi – Premier extrait – Jean-Paul Sartre ( 1905-1985 )

Définition : qu’est-ce que la mauvaise foi pour Sartre ?

 Mauvaise foi : chez Sartre, mensonge que l’homme se fait à lui-même, pour ne pas voir une vérité déplaisante.
 
Expression sartrienne. Selon l’usage commun, on est «de mauvaise foi» quand on déguise pour autrui ses véritables sentiments, le fond de sa pensée; c’est un degré intermédiaire entre la franchise et le mensonge, en ce qu’elle ne suppose pas nécessairement volonté ou calcul. Pour Sartre, au contraire, la mauvaise foi consiste à se cacher à soi-même ses véritables projets ou le sens d’une situation non pas «inconsciemment», car Sartre refuse la notion d’inconscient, mais par cette sorte de duplicité qui est le mode d’être nécessaire du pour-soi: cette femme à qui un homme vient de dire «je vous admire tant» refuse de voir l’arrière-plan sexuel, la tentative de séduction que représentent ces paroles: par peur de sa propre liberté, de l’engagement à prendre (ou à refuser), elle n’y veut lire que les qualités «objectives» d’estime ou de respect.

 

La mauvaise foi

Premier extrait

« Voici, par exemple, une femme qui s’est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l’homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu’il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n’en veut pas sentir l’urgence : elle s’attache seulement à ce qu’offre de respectueux et de discret l’attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu’on nomme « les premières approches », c’est-à-dire qu’elle ne veut pas voir  les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu’il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu’on lui adresse autre chose que leur sens explicite, si on lui avait dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache au discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu’elle envisage comme des qualités objectives. L’homme qui lui parle semble sincère et respectueux comme la table est ronde ou carrée, comme la tenture murale est bleue ou grise. Et les qualités ainsi attachées à la personne qu’elle écoute se sont ainsi figées dans une permanence chosiste qui n’est autre que la projection dans l’écoulement temporel de leur strict présent. C’est qu’elle n’est pas au fait de ce qu’elle souhaite : elle est profondément sensible au désir qu’elle inspire, mais le désir cru et nu l’humilierait et lui ferait horreur. Pourtant, elle ne trouverait aucun charme à un respect qui serait uniquement du respect. Il faut, pour la satisfaire, un sentiment qui s’adresse tout entier à sa personne, c’est-à-dire à sa liberté plénière, et qui soit une reconnaissance de sa liberté. Mais il faut, en même temps, que ce sentiment soit tout entier désir, c’est à dire qu’il s’adresse à son corps en tant qu’objet. Cette fois donc, elle refuse de saisir le désir pour ce qu’il est, elle ne lui donne même pas de nom, elle ne le reconnaît que dans la mesure où il se transcende vers l’admiration, l’estime, le respect et où il s’absorbe tout entier dans les formes les plus élevées qu’il produit, au point de n’y figurer plus que comme une sorte de chaleur et de densité. Mais voici qu’on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c’est consentir de soi-même au flirt, c’est s’engager. La retirer, c’est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l’heure. Il s’agit de reculer le plus loin possible l’instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais  ne s’aperçoit pas qu’elle l’abandonne. Elle ne s’en aperçoit pas parce qu’il se trouve par hasard qu’elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu’aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l’âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante – une chose. Nous dirons que cette femme est de mauvaise foi. »

Jean-Paul Sartre, L’Étre et le Néant, La Mauvaise Foi, Premier Extrait.

Décès de la soprano Montserrat Figueras, épouse de Jordi Savall

La soprano catalane Montserrat Figueras, interprète d’œuvres anciennes, est décédée, mercredi 23 novembre à Barcelone, à l’âge de 69 ans, a annoncé sa maison de disque Alia Vox qu’elle avait créée avec son mari Jordi Savall, violoncelliste et chef de choeur.

Née à Barcelone le 15 mars 1942 dans une famille de mélomanes, elle avait fondé avec son mari, en 1974, la formation Hesperion XX pour interpréter et remettre au goût du jour le répertoire musical hispanique et européen d’avant 1800.

Elle avait étudié le chant et le théâtre avant d’épouser Jordi Savall en 1968 avec qui elle a eu deux enfants, Arianna et Ferran, tous deux musiciens.

Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque et le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros

Montserrat Figueras a notamment reçu le Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque et le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. En France elle avait été promue au titre de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2003.

Interprète de nombreuses œuvres de Monteverdi, Peri, Fontei ou Strozzi, elle aussi été récompensée pour son album Dynastie Borgia  qui reçut un « Grammy Award ».

En 2008, elle avait été nommée « Artiste pour la Paix », avec Jordi Savall dans le cadre du programme des « Ambassadeurs de bonne volonté » de l’UNESCO.

Sa maison de disque a rappelé qu’elle avait « surmonté avec courage » un cancer diagnostiqué il y un an « en continuant à donner des concerts et à réaliser des enregistrements jusqu’au mois d’août dernier ». Ses obsèques seront célébrées au Monastère Royal de Pedralbes à Barcelone, vendredi 25 Novembre à 11h00.

La-Croix.com avec AFP

Définitions en philosophie : Contingent/ Nécessaire/ Possible

Est contingent, ce qui peut ne pas être, est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être, est possible ce qui peut être.

Est contingent ce qui est susceptible d’être ou de ne pas être, de se produire ou de ne pas se produire. Est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être ou ne peut pas être autrement. Est possible ce qui peut être, exister, se produire ; ce qui est faisable, réalisable.

           

Sens philosophique

 

            Contingence, nécessité et possibilité sont des catégories de la modalité. La contingence s’oppose à la nécessité. Un événement est contingent s’il repose non sur des lois générales mais sur des circonstances particulières, sur un état de choses singulier. Que je batte le record du 100 mètres est en ce sens contingent car cela dépend de ma santé, des conditions climatiques, etc. En logique, on dit qu’une proposition est contingente si sa vérité ou fausseté ne peut être connue que par expérience. Un événement sera au contraire dit nécessaire s’il est entièrement déterminé (par exemple, par une série de causes et d’effets physiques). Que le soleil se lève demain matin, est en ce sens nécessaire, du moins dans le cadre scientifique du système des lois de la nature. En logique, une proposition est nécessaire si elle est toujours vraie, indépendamment de toute donnée de l’expérience. (ex : « Il pleut ou il ne pleut pas). Enfin, un événement est possible s’il ne s’oppose pas aux lois ou conditions générales de l’expérience, sans pour autant être « nécessité » par elles. En logique, une proposition est possible si elle n’implique pas contradiction (« Il pleut et il ne pleut pas » est impossible ; « Il est grand et intelligent » est possible).  

           

Développement d’un exemple

 

            Selon Leibniz, le monde est contingent ; il aurait pu être autrement qu’il n’est ; ainsi César aurait pu ne pas devenir le dictateur qu’il a été ; c’est-à-dire qu’un César non dictateur était possible. Dieu avait à sa disposition une infinité de possibilités mais toutes n’étaient pas compossibles (possibles simultanément) ; la création du « meilleurs des mondes possibles » est donc la sélection « non contradictoire » de certains de ces possibles. Par contre, Dieu ne pouvait pas ne pas suivre les vérités nécessaires, au premier rang desquels les vérités logiques. Par exemple, il ne pouvait pas faire que « 2 + 2 = 5 ».   

             

Pour aller plus loin

 

Le problème des futurs contingents est un bon exemple des questions que peut soulever la modalité. Si je dis, « il y aura une bataille demain ou il n’y aura pas de bataille demain », cette proposition est nécessaire, elle est toujours vraie. Mais cela n’implique-t-il pas qu’il est nécessaire que l’un (et non l’autre) de ces deux évènements ait lieu de telle manière que cet événement lui-même serait nécessaire ? La réponse d’Aristote consistera à dire que la nécessité porte sur le « ou » et non sur les évènements ; ce qui préserve la contingence du futur.

 

Théorie Queer ou théorie du genre.

Gender studies

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Les gender studies (ou parfois gender, cultural & queer studies[1]) sont un domaine d’étude, de débat, de controverses portant sur les relations et les corrélations entre le sexe physiologique et le sexe « social » (le genre), à la lumière des disciplines des sciences sociales et humaines (sociologie, science politique, anthropologie, histoire, philosophie…)[2].

Aucune traduction française ne s’est imposée pour l’instant pour l’expression gender studies. On trouve parfois des traductions comme « études de genre », « études sur le genre », « théorie Queer » ou « théorie du genre »[3], mais les personnes qui écrivent dans ce champ de recherche reprennent le terme gender studies[réf. souhaitée]. À l’université de Genève, il existe une Unité interdisciplinaire d’études genre[4].

Sommaire

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Problèmes induits par la traduction

La complexité du problème de la traduction doit s’appréhender en tenant compte de plusieurs termes : sex, gender, sexualité.

Le mot anglais sex se traduit généralement en français par « sexe ». Le sexe semble renvoyer alors aussi bien à l’organe sexuel qu’au genre masculin ou féminin selon l’organe sexuel dont est porteur le sujet. Cependant, dès 1968, un auteur comme Robert Stoller dans Sex and Gender. On the Development of Masculinity and Feminity avait montré les problèmes que pose cette équivalence. En faisant du seul organe sexuel le support de l’identité sexuelle, on néglige les difficultés ou simplement la part d’élaboration que présuppose cet accès à l’identité sexuelle.

Cette réflexion a été totalement reprise par les féministes américaines dès 1972 avec l’ouvrage d’Ann Oakley : Sex, Gender and Society. En effet, poser une équivalence entre le sexe et le genre a l’inconvénient de présupposer que le genre est naturel et de sous-estimer la dimension sociale de l’accès à l’identité sexuelle.

Le titre du livre de Stoller fut finalement traduit par Recherches sur l’identité sexuelle à partir du transsexualisme. En effet, pour la langue française, la notion de sexualité recouvre un domaine plus vaste que celui du comportement sexuel : reprenant les apports de la psychanalyse, les chercheurs et les philosophes font de la sexualité un ensemble complexe qui comporte au moins trois dimensions :

  • la pulsion générale qui nous pousse, comme tous les êtres vivants, à nous reproduire en tant qu’espèce et donc à subordonner l’individu à la survie de l’espèce ; et il est d’ailleurs intéressant de constater que s’il est indéniable que les auteurs de la théorie du gender ont beaucoup apporté à la réflexion en complexifiant le rapport à la vérité de l’homosexualité, ils ont également drastiquement simplifié l’hétérosexualité, considérant qu’elle n’est qu’une pulsion de reproduction, ce qui est extrêmement limité.
  • le rapport que chacun entretient avec ses organes génitaux et l’emploi que l’on en fait ;
  • la question de la représentation sociale induite pour chaque porteur d’un organe sexuel par les règles sociales qui régissent les rapports entre les êtres sexués.

Si les féministes américaines ont adhéré aux théories gender, c’est parce qu’elles rejoignent les théories féministes originelles sur l’attribution arbitraire des « rôles sociaux ». D’autres expliquent cette adhésion par la volonté de remettre en question la notion de sex, qui semblait tellement massive dans la langue anglaise. En français, le genre renvoie avant tout au genre grammatical, ce qui a d’ailleurs conduit par exemple à toute une série de malentendus sur la féminisation des noms, les uns croyant se cantonner (*) dans la stricte application des règles de grammaire alors que les autres souhaitent se saisir, comme les féministes américaines mais dans un autre contexte, des problèmes de représentation sociale induits par ces signifiants. Le débat américain a cependant l’intérêt de nous rappeler avec force que la sexualité est aussi un rapport au langage puisque la dimension de la représentation y est impliquée, dimension que le français permet d’occulter en jouant sur certaines ambiguïtés qui lui sont propres comme le recours au masculin en guise de neutre.

Cette question du passage de certains concepts d’une langue à une autre a fait l’objet d’une étude plus vaste qui expliquait comment certains concepts transposés d’une langue à une autre gagnaient une force d’impact en s’inscrivant dans un contexte socio-culturel différent.

Concernant spécifiquement la traduction « théorie du genre », le sociologue Éric Fassin recommande plutôt l’emploi du mot paradigme [du genre], car ce terme est moins sujet à interprétation que le mot théorie qui lui peut laisser entendre une absence avérée de caution scientifique. Il préfère la traduction « études de genre »[5].

Histoire

Au sein des Universités, l’étude des rapports sociaux de sexe s’est institutionnalisée progressivement au cours du temps à travers trois dénominations différentes: Études femmes, Études féministes et Études genre. Ces appellations présentent des différences et des points communs mais sont toutes sujettes à controverses. Ces trois approches ne sont en aucun cas indépendantes les unes des autres malgré une manière différente de considérer l’objet d’étude : le rapport homme-femme dans la société.

Études sur les femmes

Les études sur les femmes ciblent leurs analyses sur la condition féminine et mettent en valeur le rôle des femmes dans la société. Elles sont critiquées pour se focaliser sur l’étude unique du sexe féminin. Dans un contexte social majoritairement patriarcal, leur but est de combler les lacunes académiques concernant l’étude du rôle des femmes dans différents domaines et espaces. Dans un second temps ces travaux servent d’appui aux mouvements sociaux féministes pour dénoncer les inégalités homme-femme et formuler leurs revendications. Elles sont par conséquent indirectement féministes.

Études féministes

Les études féministes voient leur essor dans les années 1970 lors de la deuxième vague des mouvements sociaux féministes. Leur but est d’expliquer les modalités de ces discriminations, leurs causes, leurs effets sur les femmes et la société en générale de façon à pouvoir les surmonter. Plusieurs critiques sont émises à leur encontre. La première est la politisation des perspectives scientifiques issues de ces recherches provoquant une méfiance et un ralentissement de leur institutionnalisation. La seconde est l’utilisation du « point de vue des femmes » pour réorienter l’analyse des recherches centrées jusqu’alors sur l’universalisme et la vision masculine. La troisième est la crainte que les travaux académiques transforment un savoir universel en un savoir particulier. D’après les féministes cette universalité serait toute relative car ces vérités uniques seraient en fait situées dans le temps, l’espace et par les personnes qui les produisent. Selon Jackson et Jones[6], « le féminisme refuse de voir les inégalités entre les femmes et les hommes comme naturelles et inévitables et entend les questionner » (Jackson et Jones, 98 dans Lorena Parini). Ainsi les féministes souhaitent questionner le savoir historiquement dominé par le système patriarcal. Les études femmes et féministes sont liées à la réorientation des travaux du « point de vue des femmes », la dénonciation des inégalités homme-femme, le questionnement de l’universalité et du biais patriarcal au sein des sociétés et l’analyse de la répartition des espaces en fonction des sexes (les espaces ouverts plutôt dédiés aux hommes et les espaces clos plutôt dédiés aux femmes).

Études de genre

Les études de genre naissent dans les années 1980 et le début des années 1990 de l’évolution des études féministes. Cette approche liée au courant post-moderniste souhaite questionner le rapport entre les sexes au sein de la société sans se focaliser spécifiquement sur les femmes. Ces études vont effectuer une distinction entre le sexe et le genre pour s’interroger sur la construction des rôles sociaux attribués « naturellement ». Elles vont aussi permettre de questionner le rôle du sexe lié à des paramètres biologique et naturel et celui du genre lié à une construction sociale. Comme le mentionne Rubin Gayle[7] le rapport entre le sexe et le genre est une représentation « porte-manteau » du sexe sur le corps dépendant des représentations culturelles de la société. Les études genres sont de nature constructiviste et vont permettre de déconstruire les catégories de représentations du féminin et du masculin en les situant dans le temps et l’espace par rapport aux relations de pouvoir[8]. Egalia, une école maternelle en Suède est un des hauts lieux de la recherche sur l’étude des genres sexués. Cette école novatrice ouverte en 2010 applique des mesures radicales afin de supprimer toute influence sociétale sur les genres des éleves[9].

La toile de fond de la French Theory

François Cusset a rappelé en 2003 comment le débat théorique américain s’était nourri depuis les années 1970 d’un certain nombre d’auteurs français, notamment Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan, Jean-Francois Lyotard et bien d’autres auteurs importants. Le débat théorique international contemporain s’est nourri et reste influencé par les travaux poétiques et artistiques ainsi que les réflexions psychanalytiques et philosophiques de Luce Irigaray, Helene Cixous et Julia Kristeva. Les questions nouvelles que produisent ces déplacements de textes produisent un effet de réplique sur notre continent européen et conduisent à de nouvelles interrogations et formulations.

Il serait inexact et injuste de réduire le champ des gender studies à n’être qu’un avatar de la French Theory car il s’agit avant tout d’une évolution des questions induites par les mouvements féministes mais certaines questions, certains instruments intellectuels mis en avant par les gender studies ne peuvent se comprendre qu’en gardant à l’esprit le contexte général de ces déplacements de textes entre l’Europe et les États-Unis.

Quelques concepts et quelques figures des gender Studies

Les quelques notions données ci-dessous ne visent qu’à éclairer les thématiques les plus fortes d’un mouvement très vivant et donc toujours très mobile.

L’écriture comme « machine de guerre »

L’une des figures historiques des gender Studies est française, il s’agit de Monique Wittig dont le parcours intellectuel apparaît tout à fait illustratif des thèses de French Theory. Son premier roman L’Opoponax (prix Médicis en 1964) est salué par la critique internationale et les écrivains du Nouveau Roman. Elle est également considérée dès cette époque comme une figure marquante du féminisme français. Très rapidement ses livres apparaissent comme une volonté de travailler la langue en traduisant dans celle-ci les problèmes de la sexuation. Elle s’oppose en cela radicalement à un autre courant du féminisme qui voulait plutôt valoriser une « écriture féminine ». Pour Monique Wittig la seule vraie question est celle de la littérature : « En littérature, je ne sépare pas les femmes des hommes. On est écrivain ou pas.»

Elle apparaît également comme une grande figure du mouvement lesbien en France. Estimant que le mouvement féministe français ne prenait pas suffisamment en compte les thèses lesbiennes, elle part pour les États-Unis en 1976. Elle enseigne alors à l’Université de Berkeley en Californie puis dans d’autres universités américaines. Elle a fortement influencé et inspiré une tendance des gender Studies que l’on appelle le mouvement Queer ou Queer Theory.

Pour Monique Wittig l’œuvre littéraire peut transformer le monde en devenant une « machine de guerre » qui va modifier notre vision du monde et les représentations qui sous-tendent notre compréhension du monde. Pour elle « toute œuvre littéraire importante est, au moment de sa production, comme le cheval de Troie » car « son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. Une telle œuvre se produit toujours en territoire hostile. Et plus ce cheval de Troie apparaît étrange, non-conformiste, inassimilable, plus il lui faut de temps pour être accepté.» (Communication orale reproduite dans Vlasta n° 4)

Instiller le trouble dans le « genre »

Judith Butler est une philosophe américaine qui enseigne la rhétorique et la littérature comparée à Berkeley. Dans son ouvrage majeur qui la fit connaître au monde entier (gender Trouble) elle présentait ainsi les intentions de son livre : « Pour démontrer que les catégories fondamentales de sexe, de genre et de désir sont les effets d’une certaine formation du pouvoir, il faut recourir à une forme d’analyse critique que Foucault, à la suite de Nietzsche, a nommée généalogie.» Il s’agit pour cela « de chercher à comprendre les enjeux politiques qu’il y a à désigner ces catégories de l’identité comme si elles étaient leurs propres origine et cause alors qu’elles sont en fait les effets d’institutions, de pratiques, de discours provenant de lieux multiples et diffus.» Le but à atteindre étant défini par une volonté de déstabiliser « le phallogocentrisme et l’hétérosexualité obligatoire.» (introduction à l’édition française). Il s’agit aussi de repenser l’organisation sociale selon des modèles homosexuels ou transsexuels.

Dans l’un de ses derniers ouvrages (traduit en langue française par Le pouvoir des mots) elle veut montrer comment la violence verbale qui s’exerce contre les minorités (sexuelles ou raciales) constitue un discours profondément ambivalent. Ces discours peuvent être analysés et du même coup retournés. Elle pense donc qu’il ne faut pas confier à l’État seul le soin de décider ce qui est dicible ou pas. Dans cet ouvrage elle reprend notamment la catégorie du discours performatif qu’un auteur comme John Langshaw Austin avait conceptualisée.

Ce que l’érotique grecque peut nous apprendre

David Halperin est professeur au département de langue et de littérature anglaise de l’Université du Michigan à Ann Arbor. Dans Cent ans d’homosexualité il explore les différentes catégories de l’amour grec en s’inscrivant dans le fil des questions analysées par Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité. Il veut montrer, entre autres, combien « l’hétérosexualité exclusive et « compulsive » (…) apparaît désormais comme une production spécifique de l’Occident moderne et même bourgeois » ce qui a contribué à réifier notre modèle actuel de « l’homosexuel ». Reconstruire la généalogie de ces catégories nous permet d’« introduire du neuf dans notre conscience culturelle, politique et personnelle ; c’est découvrir une nouvelle façon de nous voir et c’est créer, peut-être, de nouvelles façons d’être dans notre peau.» (Deux points de vue sur l’Amour grec)

L’un de ses ouvrages, Saint Foucault, « analyse la manière dont Foucault a anticipé le tournant queer de la politique gay », et peut être considéré comme une bonne introduction à la compréhension des liens tissés entre ce mouvement et les thèses du philosophe français.

Le mouvement transgenre

Pat Califia est, comme il se désigne lui-même, « transgenre », de type « FTM », c’est-à-dire female to male (femme vers homme), quelqu’un qui est né de sexe féminin et qui se vit à vocation masculine. Les transgenres refusent l’appellation « transsexuel » qu’ils considèrent comme une catégorie médicale qui réduit leur aspiration intime à un « problème » médical ou psychique.

Certains transgenres (ils se nomment aussi « trans ») refusent les catégories du genre en général. Certains se sont fait opérer, d’autres non. Certains se vivent comme « FTM », d’autres comme « MTF » (homme vers femme). Dans tous les cas leur vie est difficile. Pat Califia décrit bien à quel point l’intégration des règles sociales concernant le genre continue à œuvrer chez chacun, y compris chez ceux qui luttent contre les catégories du genre. Les interrogations portées par les transgenres apparaissent souvent les plus dérangeantes, y compris pour les gays ou les lesbiennes, car elles peuvent remettre en question l’intégrité physique des individus.

Le seul ouvrage actuellement traduit de Pat Califia est un mélange de textes autobiographiques, de textes théoriques et de récits cliniques. Pour lui : « Si vous pouviez changer de sexe aussi facilement dans la réalité que dans le monde virtuel, et reprendre votre sexe ensuite, n’aimeriez-vous pas essayer au moins une fois ? (…) Qu’est-ce qui changerait dans vos idées politiques, vos vêtements, vos préférences alimentaires, vos désirs sexuels, vos mœurs sociales, votre style de conduite, de travail, de langage corporel, de comportement dans la rue ? »

Le mouvement Queer

Le queer c’est ce qui s’oppose au straight. Dans le contexte du gender le queer c’est le travers, le tordu, le « pédé » qui s’oppose au normé, à l’hétérosexualité. En s’appropriant les insultes qui leur sont adressées, les transgenres, les lesbiennes les plus radicales veulent obliger le discours social à remettre en cause « l’essentialisme » de notre vision sur le sexuel et les catégories sexuelles.

Ce mouvement adresse des critiques sévères à la psychanalyse, et particulièrement à certains psychanalystes qui se sont posés publiquement comme les gardiens de « l’ordre symbolique ». À la suite de Judith Butler, et contrairement à la vision straight des normes sexuelles, le mouvement queer propose une conception « performative » (qui s’inspire de la catégorie du performatif dégagée par Austin) des divisions sexuelles en explorant ce qui se déploie dans la figure du drag queen, du théâtre porno lesbien, dans tout ce qui provoque et dérange le discours normé hétérosexuel. La pornographie devient ainsi le pilier central de toute sexualité non occidentale.

En France, deux des figures les plus connues de cette tendance sont Marie-Hélène Bourcier, sociologue et maître de conférence à l’Université de Lille III qui anime les séminaires du « zoo », et Beatriz Preciado qui enseigne à l’Université de Princeton, dans le New Jersey.

Les apports du concept genre dans le monde académique

Le concept de genre présente deux avantages principaux. D’un point de vue épistémologique[10], les rapports sociaux entre les hommes et les femmes sont considérés comme centraux dans la construction des pratiques et des représentations. Cette prise de position va permettre une distanciation de l’universalité considérée comme masculine ainsi que l’étude des faits sociaux considérés comme naturels (le sexe) ou culturel (le genre). D’un point de vue stratégique[11], ce concept permet de dépolitiser les recherches académiques. Par conséquent il permet d’amoindrir le militantisme féministe et favorise l’acceptation de ces études par le monde universitaire.

Auteurs associés aux gender studies

Ann Oakley: est la première chercheuse a utilisé le concept « gender » (72) en incluant une dimension sociale et culturelle au terme sexe. Au Canada, il est dénommé sous le terme de « sexo-spécificité » alors qu’en France, il est dénommée sous le terme de « catégorie sociale de sexe ». Rubin Gayle: est une des premières chercheuses à nommer le « sex/gender system » (75) qu’elle définie comme la représentation sociale du sexe biologique. Sa vision du rapport entre le sexe et le genre serait à l’image d’un « porte-manteau » corporel. Linda Nicholson (94)[12]: comprend le rapport entre le sexe et le genrecomme dépendant. Sa conception considère la variable biologique comme intégrée à la variable culturelle. D’après les travaux de Larqueur (92) sur lesquels elle s’appuie, les différences sexuelles sont porteuses de significations genrées et situées dans une société particulière à une période donnée.

Gender studies et organisations internationales.

Les gender studies ont aujourd’hui une influence certaine sur l’élaboration des politiques relatives à la famille, que ce soit au niveau national ou à l’échelle mondiale.

Le terme de « genre », dont l’acception actuelle est d’origine anglo-saxonne (gender), a ainsi fait l’objet d’une définition lors de la Conférence de Pékin sur la famille, en 2005, explicitement inspiré des gender studies : « Le genre se réfère aux relations entre hommes et femmes basées sur des rôles socia­lement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ». Cette définition, clairement inspirée du vocabulaire du genre, entend substituer, comme concept pertinent, le genre au sexe. Cette influence a été d’autant plus prégnante que l’anglais est la langue principale des instances internationales, rendant plus aisée la promotion du terme de gender. La langue allemande est par exemple un vecteur bien moins appropriée pour les gender Studies puisqu’elle n’a qu’un seul mot (Geschlecht) pour désigner le genre et le sexe.

L’opposition à la théorie des genres

À l’opposé du gender, on trouve deux principes : l’hylémorphisme et la réalité dynamique des personnes agissantes.

L’hylémorphisme affirme que l’âme est « l’agir » du corps et que la personne est une unité d’âme et de corps. C’est Aristote qui a le mieux défini l’hylémorphisme : « C’est en vertu de la communauté [du corps et de l'âme] que l’une agit et l’autre pâtit, que l’un est mû et l’autre meut ; et aucun de ces rapports réciproques n’appartient à des choses prises au hasard« [13]. Cet hylémorphisme est notamment très présent dans l’anthropologie hébraïque ou dans l’anthropologie chrétienne (grâce notamment à la lecture d’Aristote par Thomas d’Aquin). Ainsi, pour le pape Jean-Paul II, « l’âme elle-même ne peut être qualifiée de féminine, ou appartenant au genre féminin, mais plutôt l’âme d’une femme qui est un être humain féminin[14] ». L’anthropologie issue de l’hylémorphisme repose donc sur le postulat inverse de la théorie du gender. Elle rejette en cela l’explication unisexe de la personne et le dualisme entre corps et âme, que l’on trouve chez Platon, puis Descartes. Cette anthropologie considère, au contraire, que les hommes et les femmes sont fondamentalement des modes différents d’être des personnes.

Aujourd’hui, issus de la tradition hylémorphiste, de nombreux scientifiques récusent la théorie des genres, arguant sur les liens entre biologie et psychologie. L’anthropologue Françoise Héritier, professeur honoraire au Collège de France, lors de l’université européenne d’été 2006, qui s’est tenue à l’université Paris VII, a ainsi soutenu que « la différence des sexes – à la fois anatomique, physiologique et fonctionnelle – est à la base de la création de l’opposition fondamentale qui permet de penser ». Lors de ces mêmes universités, Jutta Burggraf, théologienne proche de l’Opus Dei a estimé que « les hommes et les femmes ressentent et réagissent différemment au monde qui les entoure, et cette réalité a un solide fondement dans leur constitution biologique propre ».

Dans un registre socio-politique la parution de thèses de la théorie des genres dans des manuels scolaires en France en 2011 a fait l’objet de polémiques[15] venant notamment des franges catholiques et conservatrices de la société

Le rasoir d’ Ockham ou Occam (latin) ou de l’existence de Dieu.

 LE RASOIR D’OCKHAM

« Qui coupe tout ce qui dépasse ».

Ce principe est aussi connu sous le nom de principe d’économie ou de parcimonie

 Guillaume d’Occam, au XIVè siècle énonçait :

« Pluralitas non est ponenda sine necessitate » qui veut dire : La pluralité ne devrait pas être posée sans nécessité. Ou Il ne faut jamais poser une pluralité sans y être contraint. Ou Le plus limité, s’il est adéquat, est toujours préférable. Ou la préférence de l’hypothèse la plus simple. « Ce sont des maximes méthodologiques suprèmes lorsqu’on philosophe » dit B Russel..

L’analogie au rasoir se réfère au fait de « sabrer » ou de couper de la théorie les variables ou concepts superflus qui introduisent inutilement toutes sortes de complications.

Rappelons-nous le dialogue en Napoléon Iér et le savant Laplace, concernant la nuance entre théorie prédictive et théorie explicative :

     – Napoléon Ièr : Monsieur de Laplace, je ne trouve pas dans votre système mention de Dieu.

     – Laplace : Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. 

     – Napoléon Iér :   L’hypothèse de Dieu avait le mérite d’expliquer tout.

     – Laplace répondit : Cette hypothèse, Sire, explique en effet tout mais ne permet de prédire rien. En tant que savant, je me dois de vous founir des travaux permettant des prédictions.

Guillaume d’Ockham (vers 1290 – vers 1349)

Ce franciscain qui vit plusieurs de ses propositions condamnées comme hérétiques et prit parti contre le pape pour l’empereur Louis de Bavière dans la question du pouvoir temporel de l’Église, a élaboré une doctrine de type nominaliste qui fit rapidement, quant à son orientation générale du moins, de nombreux disciples.

[...] Voilà qui permet de comprendre ce fameux principe d’économie, passé à la postérité sous le nom de « rasoir d’Ockham ». «Il ne faut jamais poser une pluralité sans y être contraint par la nécessité» ou comme on l’énonce souvent : «il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité». C’est en vertu de ce principe qu’Ockham pourchasse dans les moindres recoins de la philosophie et de la théologie les pseudo-essences et pseudo-causes que ses prédécesseurs avaient inutilement multipliées.»

C’est ce principe qui, au XVIe siècle, poussa Copernic à accorder foi à la théorie héliocentrique du système solaire, et à refuser de croire en la théorie dominante de l’époque, le géocentrisme, alors que toutes les deux se voulaient une explication des mêmes données sensibles. [...] En comparaison, les orbites régulières et symétriques que le modèle héliocentrique de Copernic attribuait aux planètes étaient bien plus séduisantes intellectuellement. Sur la base de ce seul critère, Copernic se fit l’apôtre de l’héliocentrisme et prêcha contre le géocentrisme.

La formulation lagrangienne de la mécanique classique consiste à faire dériver les lois du mouvement (ou équation du mouvement ) d’un principe unique, le principe de la moindre action.»[...] Le principe de la moindre action stipule que parmi toutes les trajectoires possible, celle qui est effectivement suivie par le portrait du système est celle qui rend minimum l’intégrale de l’action.
[...] Cette rétissance vient sans doute du malaise que provoque la formulation lagrangienne et suggérant en quelque sorte que «la nature est paresseuse» [...]

Les chemins empruntés par les particules et les ondes se déplaçant selon une certaine loi du mouvement peuvent être trouvés par un principe élégant, découvert par le Français Moreau de Maupertuis en 1748. Considérons, en l’absence de toute «loi» contraignant le mouvement, tous les chemins possibles que pourrait suivre un corps se mouvant entre deux points A et B. Maupertuis montra qu’il existe une certaine grandeur, appelée «action», prenant toujours une valeur minimale le long du chemin dicté par les lois du mouvement de Newton.»

Je montre que la seule façon d’expliquer la création est d’admettre que le créateur n’a rien à faire du tout, et qu’il aurait bien pu ne pas être là. Ce créateur infiniment paresseux, totalement libéré de tout travail de création, nous pouvons remonter vers lui en discernant la simplicité sous la complexité apparente. Au bout du voyage, il apparaître que ce créateur inactif peut fort bien disparaître de la scène.[...] Le principe de la durée minimale est un exemple de «principe d’optimum» La mécanique classique des particules peut aussi être exprimée en terme d’un principe d’optimum, le « principe de moindre action ». Maupertuis découvrit ce principe en 1744 en essayant de trouver une justification théologique à la mécanique. L’idée était que la perfection de l’Être suprême était incompatible avec autre chose qu’une dépense minimale d’action. Il est piquant de constater qu’aujourd’hui, le même argument sert à démontrer l’inutilité de l’Être suprême.

Ce phénomène est lié directement à la loi fondamentale de l’univers: la résistance universelle. Tout corps en mouvement, si aucune force intervient, se déplace de A vers B en faisant de l’économie. Il va toujours en LIGNE DROITE qui le plus court chemin entre deux points. Il ne faut alors s’étonner de voir une résistance rendre l’univers paresseux. Une résistance n’est pas un principe ACTIF; elle ne fait que RÉSISTER. 

 Beaucoup de savants ont adopté ou réinventé le Rasoir d’Occam, comme dans « l’identité des observables » de Leibniz, et Isaac Newton énonça la règle: « Nous n’avons à accepter pas plus de causes des choses naturelles que celles qui sont à la fois vraies et suffisantes pour expliquer ces choses. » L’énoncé le plus utile du principe pour les savants est, « quand on a deux théories en compétition qui permettent de prédire exactement les mêmes choses, celle qui est la plus simple est la meilleure. » En physique on utilise le rasoir pour se débarrasser de concepts métaphysiques. L’exemple canonique est la théorie de la relativité restreinte d’Einstein comparée avec la théorie de Lorentz que les règles se contractent et que les horloges ralentissent lors d’un mouvement dans l’éther. Les équations d’Einstein de transformation de l’espace-temps sont les mêmes que les équations de Lorentz transformant les règles et les horloges, mais Einstein et Poincarré ont reconnu que l’éther ne pouvait être détecté d’après les équations de Maxwell et Lorentz. D’après le rasoir d’Occam l’éther devait être éliminé.

Ce principe remonte à aussi loin qu’au temps d’Aristote qui écrivait  » La nature utilise le chemin le plus court possible. » Aristote alla trop loin en croyant que les expériences et l’observation n’étaient pas nécessaires. Le principe de simplicité fonctionne comme une règle « avec les mains » heuristique, mais certaines personnes le citent comme un axiome de la physique. Ce qu’il n’est pas. Il fonctionne bien en philosophie ou en physique des particules, mais moins souvent en cosmologie ou en psychologie, dans lesquelles les choses deviennent plus compliquées qu’on ne pouvait s’y attendre quand on les approfondit. Peut-être qu’une citation de Shakespeare pourrait être plus appropriée que le rasoir d’Occam: « Il y a plus de choses dans le paradis et la Terre, Horatio, que celles auxquelles on rêve dans notre philosophie. ».

En gros, ce que dit ce rasoir, c’est que lorsqu’il y a plusieurs hypothèses en compétition, il vaut mieux prendre les moins « coûteuses » cognitivement. Je vous donne le meilleur exemple que je connaisse (…) : je mets un chat et une souris dans une boîte, je ferme, je secoue, et j’ouvre : il ne reste plus que le chat .

Hypothèse 1 : des extraterrestres de la planète Mû ont voulu désintégrer la souris, mais elle s’est transformée en chat. Le chat, de frayeur, est passé dans une autre dimension par effet Tunnel.

Hypothèse 2 : le chat a mangé la souris (sans dire bon appétit, ce qui est mal).

Vous m’accorderez que l’hypothèse 2 est beaucoup moins coûteuse intellectuellement que la N°1. Elle ne postule rien d’autre que la prédation de la souris par le chat, qui est au moins aussi connue que Johnny Hallyday, tandis que la première postule une planète Mû, des extraterrestres qui viennent, qui savent désintégrer un chat ce qui n’est pas donné à tout le monde, une souris qui se transforme en chat, une autre dimension, un chat qui sait y aller et un effet tunnel pour objet macroscopique. Ca fait beaucoup. Dans le doute, on choisira la 2.

Concernant les phénomènes prétendument extraordinaires ou mystérieux, le rasoir d’Occam prend la forme de l’alternative féconde.

Par exemple :

-          Dans le cas d’ « OVNI », avant d’opter pour l’hypothèse de la visite d’extra-terrestres, n’y a-t-il pas d’hypothèses plus simples susceptibles d’expliquer l’objet mystérieux que le témoin affirme avoir vu : Est-il un affabulateur (ça arrive ) ? Ce qu’il a vu n’était-il pas tout simplement un satellite, ne correspondait-il pas à un phénomène météorologique  etc…(3)

-          Dans le cas de gens prétendant disposer de pouvoirs psy, paranormaux ou autres ?  Le laboratoire de zététique de l’université de Nice a testé pendant des années avec un protocole rigoureux des centaines de « candidats » prétendant avoir des dons particuliers -sourcellerie, psychokynèse,télépathie etc…- sans qu’un seul d’entre eux ne réussisse à faire preuve de ces dons (4). De son côté, l’illusionniste Gérard Majax (5) a démystifié les escroqueries des guérisseurs philippins (qui prétendaient opérer à mains nues) , ainsi que les prétendus pouvoir psy d’Uri Geller (visions , torsions de cuiller par l’esprit etc…). Alors accueillons avec une patience résignée les affirmations d’existence de pouvoirs paranormaux : lorsqu’un paranormaliste ne fait pas mieux qu’un prestidigitateur, il n’y aucune raison de penser qu’il est autre chose qu’un prestidigitateur ( apparemment moins doué que Gérard Majax, soit dit en passant).

Le principe de l’alternative féconde s’applique aussi aux théories du complot qui ont fleuri avec Internet.

Ainsi à l’hypothèse paranoïaque que les attentats du Onze Septembre 2001 aient été concoctés par Georges W Bush (pour justifier auprès de la population les aventures militaires ultérieures) , on préférera l’hypothèse mille fois plus raisonnables que c’était vraiment un attentat subi par l’Amérique…Tout simplement parce que les services secrets américains ne sont pas tout puissants, que leurs adversaires ne sont pas les pieds nickelés etc… La thèse du complot de la Maison Blanche implique un grand nombre d’hypothèses très peu vraisemblables qui réunies ramènent la probabilité d’une telle mascarade à un nombre voisin de zéro (6).. Le rasoir d’Occam recommande donc de trancher ces fils de raisonnement biaisés et abracadabrant.

Ce que nous connaissons sous le nom de rasoir d’Occam était un principe courant en philosophie médiévale et Guillaume n’en était pas le créateur, mais du fait de son usage fréquent du principe, son nom y est devenu indissolublement associé. Il est peu probable que Guillaume apprécie ce que certains d’entre nous ont fait en son nom. Par exemple, les athées appliquent souvent le rasoir d’Occam pour argumenter la non-existence de Dieu, au motif que Dieu est une hypothèse inutile.
Nous pouvons tout expliquer sans nous encombrer de l’hypothèse supplémentaire d’un Etre Divin. Guillaume
a bien affirmé, néanmoins, que la théologie naturelle était impossible. La théologie naturelle utilise la raison pour comprendre Dieu, par opposition à la théologie révélée qui se fonde sur les révélations des Ecritures. Selon Occam, l’idée de Dieu n’est pas établie par expérience évidente ou raisonnement évident.Tout ce que nous savons de Dieu, nous le savons par révélation. Le fondement de toute théologie est donc la foi. Il faut noter qu’alors que d’autres ont pu appliquer le rasoir pour éliminer l’ensemble du monde spirituel, Occam n’a pas appliqué le principe de parcimonie aux articles de foi. L’eût-il fait qu’il serait peut-être devenu un socinien comme John Toland (Christianity not Mysterious, 1696) et réduit.

Le rasoir d’Occam est aussi appelé le principe de parcimonie. De nos jours, il est considéré comme signifiant une chose du genre « plus l’explication est simple, mieux c’est » ou « ne multiplions pas les hypothèses sans nécessité. » De toute manières, le rasoir d’Occam est un principe qui est fréquemment utilisé hors de l’ontologie, par exemple par les philosophes des sciences dans une tentative d’établir des critères de sélection entre des théories ayant les mêmes capacités explicatives. Lorsqu’on donne des raisons pour expliquer quelque chose, ne postulons pas plus qu’il n’est nécessaire. Von Däniken pourrait avoir raison: Peut-être que des extra-terrestres ont enseigné l’art et l’ingénierie aux peuples antiques, mais nous n’avons pas besoin de postuler des visites d’extra-terrestres pour expliquer les exploits des anciens. Pourquoi postuler des multiplicités inutilement ? Ou, comme on pourrait le dire aujourd’hui, ne faîtes pas plus de suppositions que vous ne devez. Nous pouvons postuler l’éther pour explique l’action à distance mais nous n’avons pas besoin de l’éther pour l’expliquer, alors pourquoi supposer un éther éthéré ?On pourrait dire que Oliver W. Holmes et Jerome Frank ont appliqué le rasoir d’Occam en affirmant qu’il n’y a pas de « Loi. » Il n’y a que des décisions de justice; des jugements individuels et leur somme constituent la loi. Pour compliquer les choses, ces éminents juristes ont appelé leur point de vue réalisme légal, au lieu de nominalisme légal. Çà n’est vraiment pas une simplification.Le rasoir d’Occam étant parfois appelé principe de simplicité des créationnistes simplistes ont prétendu que le rasoir d’Occam pouvait être utilisé pour appuyer le créationnisme plutôt que l’évolution.
Après tout, un Dieu créateur de toute chose est beaucoup plus simple que l’évolution, mécanisme très complexe. Mais le rasoir d’Occam ne dit pas que plus une hypothèse est simpliste, mieux c’est. S’il disait ça, le rasoir d’Occam serait vraiment un triste rasoir pour un peuple borné.
Le principe d’origine semble avoir été conçu dans le contexte d’une croyance en l’idée que la perfection est dans la simplicité même. Ceci semble être un biais métaphysique que nous partageons avec le Moyen-Age et la Grèce antique. Car comme eux, la plupart de nos conflits ne portent pas sur ce principe mais sur ce que nous considérons comme nécessaire. Pour le matérialiste, les dualistes accumulent les multiplicités inutilement. Pour le dualiste, postuler un esprit ainsi qu’un corps est nécessaire. Pour les athées, postuler un Dieu et un royaume surnaturel revient à postuler des multiplicités inutiles. Pour le théiste, postuler Dieu est nécessaire. Etc. Pour von Däniken, peut-être, les faits rendent la supposition d’extra-terrestres nécessaires. Pour les autres, ces extra-terrestres sont des multiplicités inutiles. Finalement, peut-être que le rasoir d’Occam ne fait que dire que pour les athées Dieu est inutile alors que ce n’est pas vrai pour les théistes. Dans ce cas, le principe n’est pas très utile. D’un autre côté, si le rasoir d’Occam signifie que, confronté à deux explications, l’une improbable et l’autre plausible une personne rationnelle devrait choisir la plausible, alors le principe semble inutile parce qu’évident. Mais si le principe est vraiment un principe minimaliste, il semble impliquer que plus on fait de réductionnisme, mieux c’est. Dans ce cas, le principe de parcimonie aurait du être appelé tronçonneuse d’Occam, parce que son utilisation principale paraît être de tailler dans l’ontologie.

Le Rasoir d’Occam
utilisations et abus

Il y a quelque chose de très étrange dans le ciel qui bouge bizarrement et rapidement, mais qui pourtant n’émet aucun son du tout. Je n’ai jamais rien vu de tel, ce doit être un vaisseau spatial extraterrestre sans doute ? Plus tard, je me réveillai au milieu de la nuit, paralysé par la peur en ayant l’impression que quelque chose de très étrange était présent dans ma chambre. Cela semblait transparent et flotter sereinement au-dessus de moi. S’agissait-il d’un fantôme ?

Il est possible qu’à la fois un vaisseau extraterrestre et un fantôme puissent respectivement expliquer ces évènements étranges. Qui ne voudrait pas immédiatement accepter comme vraies ces espérances extraordinaires ? Etant donné nos obsessions culturelles vis-à-vis de ces phénomènes, il serait difficile de ne pas immédiatement penser à ces excitantes possibilités de réponses. Les personnes sceptiques savent bien que des explications ne sont pas nécessairement valides seulement à cause de leur nature séduisante et de la facilité avec laquelle elles viennent à l’esprit. Existe-t-il un outil, dans la boite sceptique, nous permettant d’évaluer de tels évènements de façon scientifique et sceptique ? Le rasoir d’Occam est justement cette puissante règle établie qui le permettra.

Le rasoir d’Occam n’est pas issu des dernières technologies de rasage. Il s’agit d’une méthode heuristique ou d’un principe rôdé utilisé pour guider les phases initiales dans la construction d’une théorie et dans la sélection des multiples choix de réponses. Aussi connu sous les noms de principes d’économie ou de parcimonie, il nous oblige à favoriser, parmi différentes théories ou plusieurs hypothèses équivalentes, celles qui ont le moins d’hypothèses injustifiées. Il ne s’agit pas d’une loi ou d’un principe scientifique et il ne peut justifier une position en soi, pourtant il peut être très utile pour ce qui est de décider quelles idées il faudrait étudier en premier lieu. L’analogie du rasoir se réfère au fait de « sabrer » ou de couper de la théorie les variables ou concepts superflus qui introduisent inutilement toutes sortes de complications.

Le rasoir d’Occam n’est peut-être pas une loi exaltante ni même une propriété scientifique ni un axiome, mais son utilité cachée par son statut modeste en fait plutôt un principe bien établi. C’est un outil indispensable pour construire des modèles justes de théories à partir de données connues. Il y a toujours un nombre infini d’hypothèses possibles pour expliquer un ensemble de données ou d’observations d’un phénomène. Pour prendre un exemple mathématique, deux points sur un graphique peuvent être décrits par une équation décrivant une ligne droite, ou par des équations compliquant excessivement les circuits des lignes, ou même par des équations pour chaque type de ligne possible entre les deux extrêmes. Toutes ces équations, et leurs lignes résultantes, peuvent être réalisées dans le but de passer par les deux points, tout en convenant à toutes les données valables. Le rasoir d’Occam recommanderait, quant à lui, la relation linéaire la plus simple d’une ligne droite comme étant le meilleur candidat jusqu’à ce qu’une preuve supplémentaire, comme un point hors de cette ligne, garantisse qu’une solution plus complexe convienne.

Inévitablement il y a des fois où l’explication la plus simple pour un ensemble d’observations donné a été prouvée comme étant fausse. Souvent, ceci est présenté comme une preuve comme quoi le rasoir d’Occam est intenable. Cet argument trompeur ignore la nature heuristique du rasoir qui ne prétend jamais déterminer le vrai du faux d’une hypothèse. Il identifie seulement celle qui, logiquement, devrait être considérée et évaluée en premier, sinon, le rasoir d’Occam serait bien plutôt appelé « loi d’Occam ».

La dérive des continents offre un exemple intéressant de théorie « victime » du rasoir d’Occam (et rejetée par les scientifiques) seulement pour se voir prouvée plusieurs années plus tard. Il a été reconnu il y a plusieurs siècles, par des marins et des cartographes, que l’Amérique du Sud et l’Afrique avaient des frontières et des côtes communes. Respectivement leurs côtes Ouest et Est semblent être telles qu’elles furent un jour imbriquées les unes dans les autres à la manière d’un énorme puzzle. D’autres preuves géologiques et fossiles suggèrent aussi que les continents ont bougé comme un radeau à la surface de la terre. Le météorologiste Alfred Wegener codifia cette idée dans un livre en 1915 « On the Origin of Continent and Oceans » (sur l’origine des continents et des océans). Il proposait que tous les continents étaient, par le passé, fusionnés en un méga continent qu’il appela le Pangée (grec pour « toute la terre »). La théorie selon laquelle des masses de terrain migrèrent sur la terre était pourtant presque unanimement tournée en dérision par les scientifiques.

Les preuves géologiques et fossiles étaient perçues comme non convaincantes étant donné qu’elles pouvaient être tout aussi bien expliquées par d’autres théories. La première débâcle de la théorie de Wegener était son hypothèse de l’existence de forces gargantuesques requises pour bouger les continents. Ses tentatives pour tenir compte de cet élément n’étaient pas persuasives pour la communauté scientifique et Wegener lui-même n’était pas convaincu. Un des exemples invoquait la gravité comme la force responsable de la dérive des continents. Les physiciens ridiculisèrent cette possibilité en montrant mathématiquement que les forces gravitationnelles étaient beaucoup trop faibles pour alimenter de telles errances des continents. Plusieurs années passèrent jusqu’à ce qu’un mécanisme plausible fut proposé cette fois-ci par un géologue écossais du nom de Arthur Holmes. Il proposa que la croûte terrestre était composée d’une mosaïque de plaques rigides et fracturées. En outre, il déclara que des courants de convection du manteau de la terre, alimentée par un dépérissement radioactif, bougeant ces plaques dans différentes directions à la surface de la terre. Ceci et d’autres propositions se développèrent dans la théorie d’Holmes nommée ensuite tectonique des plaques, qui dorénavant sert de base à notre compréhension moderne de la géologie et de l’évolution de la terre elle-même. Une entière acceptation pris plusieurs années, mais lorsque les preuves des plaques tectoniques devinrent incontestables, la dérive des continents eut finalement un mécanisme plausible pour son hypothèse dont l’acceptation fut pourtant retardée pendant des décennies.

Inversement, les premières théories du système solaire offrent une bonne illustration historique d’une application réussie du rasoir d’Occam en astronomie. Il est habituellement considéré comme absurde, et presque comique, que tant de gens pendant si longtemps aient accepté comme un fait le modèle géocentrique du système solaire dans lequel le soleil et les planètes orbitent autour d’une terre immobile. Le philosophe Ludwig Wittgenstein, lorsqu’il fut confronté à cette attitude, aurait commenté : « Oui, mais je me demande ce que cela aurait donné si le soleil tournait vraiment autour de la terre ». Le fait est que cela aurait exactement la même apparence pour nous. Les modèles géocentrique et héliocentrique font des prédictions identiques pour ce qui est des mouvements du soleil dans le ciel vus depuis le sol de la terre.

Le problème avec le géocentrisme d’Aristote ou de Ptolémée implique des observations plus subtiles et plus sophistiquées. Il y avait jusqu’alors plusieurs mystères inexpliqués comme la brillance des planètes, les bizarres retards dans le circuit de leurs orbites, les mouvements apparents journaliers et annuels des étoiles, y compris le soleil et le fait que Mars et Vénus ne s’éloignent jamais bien loin du soleil comparés aux autres planètes. Ptolémée était obligé de concevoir toute une horde de relations complexes dans le but de maintenir son modèle géocentrique, résultant en une théorie de la terre, centre de l’univers, très complexe, avec les planètes connectées à des sphères imaginaires, orbitant elles-mêmes autour de la terre ensemble avec leurs planètes respectives. Aristarque de Samos, et plus tard Copernic, épousaient plutôt un modèle héliocentrique plus simple, avec le soleil au centre et une terre et les autres planètes tournant autour. Ce point de vue rendait compte de tous les mouvements célestes mystérieux d’une façon beaucoup plus simple que le modèle ptoléméen. Cette théorie moins compliquée, mais avec une puissance d’explication supérieure, sera le précurseur de la révolution copernicienne qui précéda la vision astronomique moderne.

Une des applications du rasoir d’Occam présente un excellent exemple de son utilité, en plus de ses limites, avec celle de la prise de décision médicale. Les étudiants en médecine apprennent, au début de leur carrière, qu’il est préférable de proposer un seul diagnostic pour expliquer un ensemble de symptômes que présente le patient, plutôt que des diagnostics séparés pour chaque symptôme. De ce fait, un patient se présentant avec une migraine, le cou rigide, de la fièvre et fatigué, a plus probablement une méningite que simultanément une tumeur au cerveau, des vertèbres endommagées, la tuberculose et une porphyrie sérieuse. Il s’agit d’une utilisation très pratique du rasoir d’Occam.Cependant, les cliniciens plus expérimentés réalisent que les patients ont souvent plus d’une maladie. Avec le vieillissement, le nombre de conditions chroniques tend à augmenter et notre susceptibilité aux douleurs augmente. Au lieu de cela, une maladie nous prédispose souvent à d’autres maladies et désordres physiologiques. Par exemple, des patients atteints de diabète développent souvent des défaillances rénales, des maladies de coeur et des pathologies nerveuses. Des maladies peuvent survenir d’une cascade de causes et d’effets, comme un jeu de dominos. Le résultat final est que le rasoir d’Occam, bien que très utile au début, s’amoindrit ou disparaît totalement sous les complexités de la réalité.L’outil que constitue le rasoir d’Occam ne servira sans doute pas beaucoup pour ce qui est des nouvelles théories du système solaire ou de la médecine, mais il peut par contre se révéler être une aide indispensable pour ce qui est des problèmes ou des mystères plus quotidiens et plus terre-à-terre rencontrés dans notre vie de tous les jours. Les véritables croyants dans le paranormal tentent souvent d’expliquer l’inconnu en ayant recours à quelque-chose de plus inconnu encore. Par exemple, dans leur tentative d’expliquer un phénomène apparent de perception extra-sensorielle, ils conjurent des ondes cérébrales en tant que porteuses de l’information extrasensorielle.Un survivant d’une EMI (expérience de mort imminente ou NDE) attribuera l’évènement qu’il a vécu à une expérience dans l’au-delà pour expliquer la sensation de flottement, de passage dans un tunnel et de vision d’êtres chers déjà décédés. Souvent les visites extra-terrestres sont, sans qu’il en soit besoin, appelées à la rescousse pour expliquer les constructions ingénieuses d’anciennes civilisations comme les pyramides égyptiennes. Ces hypothèses extraordinaires ne sont tout simplement pas utiles parce que des explications plus simples et fiables existent pour tous ces exemples. Nous pourrions accepter ces idées fantastiques à la limite si aucune des explications plus simples n’était capable d’expliquer ces pseudo phénomènes. Les conjectures paranormales sont taillées sur mesure pour le rasoir d’Occam, qui tranche dans les hypothèses injustifiées avec les lames de la parcimonie et de l’économie.Une utilisation spécialement abusive et détournée du rasoir d’Occam est souvent faite par les créationnistes dans le but de soutenir leur déni pseudoscientifique de la théorie de l’évolution. Ils affirment parfois que le rasoir d’Occam vient confirmer le créationnisme contre l’évolution étant donné qu’un dieu créateur de tout est beaucoup plus simple que les mécanismes forts complexes nécessaires pour expliquer la sélection naturelle. Ce qu’ils oublient est que par « simple« , le rasoir d’Occam se réfère réellement à la théorie dans son ensemble, avec un nombre limité d’hypothèses nouvelles. Le fait que la vie sur terre soit le produit de l’évolution est confirmé par de multiples éléments indépendants de preuve. L’évolution peut être extrapolée du fonctionnement normal de la vie, sans avoir à introduire une nouvelle loi physique ni de nouvelles propriétés. En fait, c’est une explication unificatrice élégante pour un ensemble de phénomènes biologiques observables. Le créationnisme, cependant, nécessite l’introduction d’un créateur omnipotent, hypothèse on ne peut plus extraordinaire qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, une partie connue du monde naturel; ils font entrer, pour tenter d’expliquer quelque-chose de difficilement compréhensible, voire d’inexplicable, une entité plus inexplicable encore qui finalement n’apporte rien au débat mais pose encore plus de questions et complexifie davantage la théorie.Créer une théorie pour expliquer un grand nombre de phénomènes disparates est effectivement une stratégie fréquemment rencontrée chez les excentriques et les croyants dans le paranormal, à tel point que cela a engendré sa propre dénomination : « les Théories du Tout« . De telles théories grandioses tentent d’expliquer le fonctionnement sous-jacent de l’univers lui-même.Ce qu’ils oublient de dire est que leur explication unique est complètement réfutée par la logique ou les preuves, ils ne font que remplacer plusieurs petites hypothèses par une seule grande. Cela revient à dire tout simplement : « C’est magique ». C’est une explication très simple et unificatrice pour tout et tout le monde. Le rasoir d’Occam ne confirme pas de telles théories à cause de la nécessité, ici aussi, d’introduire de nouvelles hypothèses majeures : la magie, des systèmes d’énergie vivants, une déité omnipotente, etc. Les suppositions paranormales douteuses sont aussi omniprésentes dans nos cultures qu’elles sont peu fiables. Ces exemples viennent de personnes habituées à court-circuiter rapidement les processus scientifiques et de la pensée critique dans le but de soutenir une croyance en une idée qu’ils affectionnent particulièrement, sur le fonctionnement du monde. Le rasoir d’Occam peut aider à créer une meilleure description de la réalité plus efficace et plus fructueuse, moins de temps perdu inutilement à pourchasser des idées bizarres en en éliminant d’abord et en ne gardant que celles méritant qu’on s’y intéresse le plus. Mais il ne peut pas être la réponse idéale et unique face à la complexité du monde physique.

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